3ème prix 2025

Le train à vapeur, par Fabienne Mariaud

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de mon grand-père !

Maman tient à lui faire une belle surprise, elle a toujours de bonnes idées, son esprit fantasque enchante notre monde.

Il lui faut insister pour bander les yeux de mon papy, il râle comme toujours mais finit par céder.

Ma maman l'aide à se lever et le guide dans la rue vers le lieu de la surprise.

Il faut le voir marcher exagérément à petits pas, pendu à son bras se plaignant d'avoir mal aux pieds et se mettant à boiter !

Mon grand-père râle beaucoup, c'était toujours mieux avant, il critique tout, rien n'est à son goût et son goût change selon ce qu'on lui propose, évidemment.

Arrivés sur le quai de la petite gare de notre village, maman et moi soulevons le bandeau occultant sa vue. Papy met quelques instants pour s'habituer à la luminosité soudaine et découvre devant lui une belle et ancienne locomotive à vapeur, comme celle qu'il conduisait quand il était jeune.

Aujourd'hui, ce ne sera pas lui le « vaporiste », il va pouvoir profiter. Chaque année, une association de passionnés propose des voyages en train à vapeur.

Ses yeux se sont illuminés d'un coup et je suis sûr de l'avoir vu sourire. Comme je le regarde, il reprend son air bourru et maugrée que sa « loco » à lui était bien plus belle que celle-là.

Il s'avance vers la porte du wagon, sans boiter maintenant. Devant l'étroitesse des marches, il vocifère que c'est juste bon pour le faire tomber, suffisamment fort pour qu'un bénévole de l'association, vêtu tout de bleu avec un foulard noué en cravate autour du cou accourt pour l'aider à grimper dans le wagon.

Après avoir balayé du regard chaque endroit du wagon avec de grands yeux ronds et le visage radieux, il retrouve son air revêche, s'assoit et regarde au loin par la fenêtre. Il ne nous parle pas.

Une dame passe de wagon en wagon et joue des airs de chansons anciennes à l'accordéon. Mon grand-père bat légèrement la mesure avec son pied. Quand il s'aperçoit que je l'observe, au deuxième ou troisième morceau, il s'immobilise. Il porte sa main vers ses aides auditives et ostensiblement, il les éteint comme si la musique le dérangeait !

Puis, le contrôleur vient poinçonner les billets. Il me met sa casquette sur la tête pour une photo. Papy regarde la scène, semblant amusé. Le contrôleur lui propose de faire une photo aussi. Il hausse les épaules et détourne le regard vers le paysage recouvrant son visage renfrogné.

Le voyage se termine, tout le monde descend du train. Mon grand-père va saluer le

conducteur, échange quelques mots et retourne nous rejoindre sur le quai. Il ne nous parle pas.

« As-tu passé une bonne journée d'anniversaire ? », l'interroge maman, de retour à la maison.

- Il n'y avait même pas de gâteau pour souffler les bougies ! » rétorque-t-il en me faisant un clin d'œil, malgré tout!

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